Courir en Turquie

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Ce matin-là, je me lève et saute dans mes runnings pour aller courir. Arrivé la veille de nuit, j’ai la surprise d’apercevoir en sortant de l’hôtel un imposant volcan de 4000 mètres qui masque en partie le soleil levant.
Comme aimanté par son sommet, je décide de courir toujours tout droit vers lui. Par attraction bien sûr mais aussi par prudence pour ne pas me perdre car je n’ai aucun sens de l’orientation.
L’air matinal est frais mais déjà le soleil est à l’œuvre pour le réchauffer.
Je traverse ainsi la ville sur 5 kilomètres environ en croisant de nombreux ouvriers turcs qui partent travailler à pied ou en bus. Ils prennent tous un air surpris car apparemment le coureur à pied n’est pas chose courante dans les rues de la ville. C’est vrai que mon maillot jaune fluo et mes manchons de compression me donnent un look particulier qui les amuse beaucoup. Heureusement le ridicule ne tue pas, et voir les turcs sourire est un moment qui ne se rate pas (ils ne sont pas naturellement très souriants).
A mi-parcours, j’approche d’une petite colline surplombé par le drapeau turc. L’appel des sommets m’oblige à le gravir et là quel beau panorama : la ville et ses minarets d’un côté et le volcan enneigé de l’autre.
En redescendant , j’entends puis j’aperçois deux gros chiens qui s’élancent vers moi à environ 300 mètres. Je ramasse deux grosses pierres dont je n’aurai heureusement pas à me servir car ils font demi-tour sans aucune raison apparente. Les dieux de la course à pied sont avec moi.
Le volcan qui paraissait si proche et finalement à plusieurs dizaines de kilomètres et mon envie de l’approcher et de le gravir se transforme en frustration. Je devrais me satisfaire du panorama magnifique sans pouvoir goûter de mes foulées cette terre noire et blanche.
Au retour je prends conscience du niveau de pollution dû notamment au bus qui roule au diesel. Il y a encore du chemin à faire pour sauver notre planète. J’aperçois l’hôtel, mission accomplie, je ne me suis pas perdu.
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Trail de la Vallée de l’Ouche

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En ce samedi après midi je suis encore hésitant quant à ma participation au Trail de la Vallée de l’Ouche du lendemain. D’un côté, il y a l’envie avec la découverte d’un nouveau trail et le désir d’en découdre avec un parcours de 26 km et 1000 mètres de dénivelé et de l’autre côté une météo annoncée froide et pluvieuse et un état de fatigue depuis quelques jours.
Finalement, je décide au vu de la météo du dimanche matin, froide mais sans pluie, d’y aller et je prépare rapidement mon sac de trailer.
Le rendez vous est à Saint Victor sur Ouche et pas loin de 200 participants sont là pour découvrir cette deuxième édition en version 12 km ou 26 km.
L’ambiance est vraiment sympa et conviviale et l’organisation simple mais portée par des passionnés. Avec de faibles moyens, l’organisation sera quasi parfaite. Bravo à eux.
Le départ est donné en masse à 9h30, commun aux coureurs des 12 et 26 km dont les chemins se sépareront un peu plus tard.
La course commence par une montée qui permet de chauffer rapidement les jambes. Je pars doucement car sans échauffement et au vu des difficultés à venir il sera toujours temps d’accélérer ensuite.
S’ensuit une descente assez longue qui s’avère difficile et technique car en plus du dénivelé le sol est instable et pierreux. Le rythme n’est donc pas très rapide et l’attention maximale. Les cuisses travaillent un max.
Ensuite, les parcours du 12 et du 26 km se séparent ce qui permet de voir avec qui vous êtes en compétition. Je rattrape au train 2 coureurs partis beaucoup trop vite et en aperçoit deux autres à 100 mètres environ. Une nouvelle montée nous attend et nécessite une alternance de marche et de course. Mon entrainement marche/course alternée paye et me permet de recoller aux coureurs qui me précédaient.
En fin de montée nous nous retrouvons tous les 3 dans une partie très pentue et très technique nécessitant de s’accrocher aux arbres pour éviter les glissades sur un sol boueux. A un moment nous nous retrouvons face à une falaise apparemment sans passage ? Nous serions nous perdu ? Non un passage d’environ un mètre est situé un peu plus loin …une sorte de passage secret dont rêve tous les enfants.
Nous ne sommes plus que 2 et je vois petit à petit le concurrent prendre de l’avance. Il semble plus rapide et surtout il est bien plus jeune. Le moral en prend un coup car c’est pas marrant de se faire distancer.
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Deux coureurs venant de l’arrière me doublent à un rythme remarquable et je décide d’essayer de les suivre. Je réussis à tenir leur rythme sur 5 km et du coup trois concurrents ! Cela s’appelle prendre la roue non ? Hélas, une petite chute en dérapage incontrolé me fait perdre leur trace mais aucune blessure…c’est un moindre mal.
Ensuite, une grande descente nous amènera au 20ème km. Descente identique à la précédente mais que je fais hélas seule car je me perds et je suis obligé de faire demi tour en perdant près de 3 minutes. Dommage mais le moral est bon et les jambes sont là donc je repars à fond pour tenter de faire au mieux.
A 2 km de l’arrivée, les organisateurs nous ont programmé une belle montée nécessitant une marche forcée qui achèvera les cuisses des concurrents. Ensuite c’est une grande descente jusqu’à l’arrivée sur 700 mètres. Je vois un concurrent qui finit difficilement et je décide de sprinter pour le doubler…j’échouerai pour une seconde mais quel belle fin ! J’apprends ensuite qu’il s’agit du premier V2 de la course. Franchement chapeau bas ! Je découvre également qu’il est originaire des Ardennes mon département d’origine.
Finalement je suis 19ème sur 87 avec un temps de 2h22mn.
Ensuite, et ca fait partie des plaisirs du trail, de nombreux échanges ont lieu entre les anciens compétiteurs qui se sont tirés la bourre pendant 26 km et qui maintenant sont heureux de partager leurs impressions autour d’un coca, d’un morceau de pain d’épice et de quelques fruits secs. Le trail c’est vraiment génial : simplicité, convivialité, nature, efforts variés. Vous n’avez pas envie d’essayer ?

Le défi du Myon

Ce jour-là, un trail de 15 km avec 500 mètres de dénivelé positif est programmé à Messanges (Côte-d’Or) : le défi du Myon. La météo du jour s’annonce capricieuse en ce samedi 18 juin avec alternance de soleil et d’averses, mais je décide de m’inscrire à cette course car ce sera ma seule occasion de faire une compétition sur ce mois de juin. Mon entrainement étant essentiellement de type marathon depuis près de 9 mois. J’ai réalisé sur les 15 derniers jours 3 sorties de préparation trail en intégrant un peu de dénivelé.
Sur la ligne de départ, l’ambiance est sympathique : photo collective de tous les concurrents (150 participants), tour de chauffe dans le village et applaudissements nourris pour le cinquantenaire du jour. Je suis bien placé pour le départ juste derrière les stars locales.
Pan ! Le départ est donné. Il est rapide puisque les premiers kilomètres sont plutôt plats. Les sensations sont moyennes, j’ai besoin de quelques kilomètres pour me sentir bien. Les appuis sont fermes car le soleil a décidé d’accompagner ce début de course. Les premières montées se présentent à partir du 3ème kilomètre dans des chemins de vignes (nous sommes pas loin de Nuit Saint Georges).
Je décide de faire 2 raidillons en marchant pour éviter de me carboniser les cuisses ce qui permet à 2 concurrents de me doubler. C’est frustrant mais j’applique simplement les conseils des meilleurs trailers tirés de mes lectures. Dès le sommet atteint je pense à bien relancer pour éviter la perte de rythme. J’ai lâché environ 200 mètres sur le groupe de tête et je suis dans les 25 premiers.
La montée est ensuite moins raide et je la cours au train en veillant à mes appuis pour éviter toutes entorses ou dérapages incontrôlés. Nous sommes maintenant sur le plateau et là un véritable déluge de pluie s’abat sur nous. La course devient plus difficile car je ne vois plus grand-chose à cause de mes lunettes et surtout le sol devient boueux et glissant. Elle devient aussi plus plaisante et amusante avec le plaisir enfantin de courir dans la boue et sous la pluie…un vrai trail quoi.
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Nous entrons ensuite dans un bois sur un chemin étroit et parsemé de pièges : roches glissantes, morceaux de bois dépassant du sol…Je ne vois pas grand-chose avec mes lunettes toujours embuées mais suffisamment pour apercevoir un des concurrents qui m’a doublé tout à l’heure en courant dans la montée. Je le rattrape et décide de rester derrière lui…d’ailleurs il est impossible de le doubler car le chemin est trop étroit. Je ressens à ce moment cette sensation assez primitive et agréable du chasseur.A la sortie du bois, je réussis à le dépasser sans trop de difficultés car mes sensations sont désormais bien meilleures.
J’aborde maintenant une longue descente assez raide et technique car le chemin s’est transformé en pierrier détremper. La pluie s’est arrêtée et mes lunettes ayant enfin séchées, je me lance à fond dans cette descente sans crainte et survolté par les encouragements des nombreux randonneurs présents et surtout j’ai dans ma ligne de mire à 250 mètres un nouveau concurrent. La chasse est lancée. La fin du parcours est plutôt plate sur 4km et mon entrainement marathon me permet de tenir un bon rythme, l’écart se réduit progressivement. Mais premier incident : je perds mon dossard (qui s’est déchiré car détrempé). Je m’arrête pour le ramasser et je perds près de 5 secondes. Je reprends le rythme et je me rapproche à nouveau du concurrent mais …second incident : trop rapide dans un virage boueux c’est un magnifique roulé boulé que j’exécute en perdant à nouveau quelques précieuses secondes. Heureusement je ne me suis pas blessé et je repars aussitôt.
A 2 km de l’arrivée, je réussis enfin à doubler ce concurrent et finis la course en accélèrant et en donnant tout ce qui me reste, dopé par ce sentiment exaltant d’avoir réussi ces 2 chasses grâce à bonne gestion de mon effort pendant la course. A la fin de la course, j’échange une poignée de main amicale avec le dernier concurrent que j’ai dépassé. Il me félicite et nous discutons pendant près de 10 minutes de notre course et de la course à pied en général. Le trail apporte vraiment beaucoup de plaisir : on oublie le chrono en luttant pour une place, on profite de la nature et des évolutions climatique…et surtout on retrouve cette ambiance et cet esprit trail faîte de partage et d’humilité.

Le marathon des Yvelines 2012

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Etant inscrit au marathon de New York en novembre, j’avais planifié un marathon début octobre pour tenter de battre mon record de 3h03mn53s.
Après bien des hésitations, j’ai opté pour le marathon des Yvelines, plutôt que celui de Lyon, qui était annoncé comme plat et propice à la performance.
Les jours précédents le marathon, je suis en confiance car j’ai pu réaliser mon plan d’entrainement de 9 semaines sans problème et surtout sans me blesser. Le seul point négatif était donc la météo annoncée : 15 degrés le matin et 25 degré à mi journée.
Sur la ligne de départ, je me rends compte que nous sommes assez peu nombreux soit 230 coureurs sur le marathon individuels, ce qui facilite le départ.
Le parcours du premier semi est agréable à parcourir et chemine à travers des villages, campagnes et Forêt de Rambouillet. J’ai la chance de courir avec 2 concurrents ce qui me permet de suivre un bon rythme (4’15 » au km) puisqu’hélas il n’y a pas de meneur d’allure.
Par contre, je m’aperçois que le parcours n’est pas aussi plat qu’annoncé … certes ce sont de petites montées et descentes mais je sens que ce dénivelé entame déjà les réserves. Au vu de la chaleur, je décide de marcher à chaque ravitaillement pour boire deux gobelets d’eau. Et oui pour des raisons écologiques il n’y a pas de bouteille en plastique qui pourtant sont un vrai plus car elles permettent de boire sans s’arrêter plusieurs fois.
Cette stratégie s’est avérée efficace en terme d’hydratation mais incompatible avec une tentative de record (perte de temps estimée à 2 minutes au total). Je passe le semi en 1h30 min et je tiens le rythme jusqu’au 28e km en sachant que je cours seul depuis le 23e km. A partir du 28e km, le soleil chauffe de plus en plus fort et la machine monte en température ce qui m’oblige à ralentir. A partir de ce moment, le record n’est plus possible et je décide de finir à allure modérée pour éviter de puiser trop fortement dans des réserves qui seront utiles pour mon prochain marathon dans 5 semaines. Je me cale sur un petit 4’45 mn au km, que je tiendrai sans problème jusqu’a la fin.
La fin de ce marathon me parait bien longue car je ne vois ni coureur devant ni coureur derrière… j’ai l’impression de réaliser une sortie longue ce qui n’est pas très motivant. Je finis finalement en 3h09mn11s, 13ème au scratch et 4ème V1 à 4 minutes du podium…encore un regret.
En synthèse, je ressors frustré de ce marathon car j’estime ne pas avoir pu tenter ma chance à 100% au vu essentiellement de la chaleur du jour. Un marathon d’automne à 25 degrés… Avouez que c’est rageant mais on ne peut hélas rien y faire. Aurais je du annuler ma participation et me concentrer sur le marathon suivant? Je suis également déçu par le choix de ce marathon qui n’était pas aussi plat qu’on ne l’annoncé avec en plus un nombre de coureur insuffisant. Heureusement, les commentaires sur Esprit Running le lendemain m’ont réconforté et j’ai pu switcher aussitôt sur le marathon suivant. Un nouveau défi s’annonce : récupérer, construire un plan adapté à l’enchainement de 2 marathons pour pourquoi ne pas tenter quelque chose à New York. Evidemment ce marathon n’est pas facile…mais avec l’ambiance, une météo favorable et surtout occitan à mes trousses on peut rêver… non pardon… on doit rêver !

Marathon de New York 2011

A ne pas rater sur ce site : le parcours rue par rue :
Courir un marathon est toujours une fête, mais courir LE Marathon de New York est forcément un moment magique pour les runners qui ont la chance d’y participer. Si Berlin est le marathon de la performance, New York est celui de l’enthousiasme.
Tout a commencé pour moi début juillet. En surfant sur internet je tombe sur un article expliquant l’action d’une association, Peace and Sport, qui recherche 20 coureurs à travers le monde pour participer en son nom au marathon de New York.
J’ai alors posé ma candidature sans trop d‘espoir… et pourtant 15 jours plus tard je recevais un mail me confirmant que j’avais été sélectionné. Apres un moment d’euphorie compréhensible vient le moment de la réflexion : comment enchaîner 2 marathons à 1 mois d’intervalle car je suis déjà inscrit au Marathon des Yvelines le 2 octobre ? Arrête de réfléchir et cours freerunner ; après tout c’est une expérience intéressante non ?
Début août je commence donc un premier plan d’entraînement sur 9 semaines qui se déroulera sans problème jusqu’au 2 octobre, où je cours le Marathon des Yvelines en 3h09min. Ce jour-là, la chaleur ne m’a pas permis de réaliser la performance visée et j’ai levé le pied vers le 30ème kilomètre, en décidant de finir tranquille en prévision du marathon suivant.
Cinq semaines me séparent maintenant du Marathon de New York, et je décide de planifier une semaine sans course à pied et de reprendre les 4 dernières semaines de mon plan d’entraînement. Je réussis à suivre le plan sans trop de difficultés et pars confiant pour New York.
Le vendredi matin est consacré au marathon expo pour aller chercher le dossard et le t-shirt collector du marathon 2011. Je passe dans les allées du sponsor Asics… erreur fatale pour mon portefeuille qui maigrit de quelques dollars…
Le vendredi soir, nous sommes conviés par l’association au Consulat de Monaco pour rencontrer les trois grands champions associés à l’événement : Paula Radcliffe (actuelle détentrice du record du Monde de la distance, triple vainqueur du Marathon de New York), Tegla Loroupe (première femme africaine à remporter l’épreuve, double vainqueur en 1994 et 1995), et Wilson Kipketer (triple Champion du monde du 800 mètres),
Tegla et Wilson courront le marathon avec nous mais pas Paula, qui est en cours de préparation pour les Jeux Olympiques de Londres 2012…
La simplicité de ces grands champions a rendu l’échange possible sur une passion commune, la course à pied. Je me suis pincé plusieurs fois pour être sûr de ne pas rêver… En un mot, Tegla est la gentillesse et la bonté incarnées, Paula, la classe et la simplicité et Wilson, la joie de vivre à l’état pur. Avec Paula on évoque sa préparation aux Jeux Olympiques de 2012 (elle sera la semaine suivante au Kenya avec l’équipe d’Angleterre), avec Tegla on cause technique, et avec Wilson on parle du marathon du lendemain car c’est son tout premier !
Le samedi matin, un petit entraînement est prévu à Central Park avec les 3 champions et les 20 coureurs qui porteront haut les couleurs de l’association le lendemain. Très sympa, très décontracté…
Arrive enfin le grand jour : lever à 4 heures du matin après une bonne nuit de sommeil et avec une première petite frayeur car avec le changement d’heure j’ai failli partir une heure trop tard… mais heureusement un appel de la réception de l’hôtel a vite remis les choses en bon ordre !
Départ en bus pour la zone de départ du marathon que je rejoins dès 5h40 du matin, pour un départ prévu à 9h40 soit 4 heures d’attente. Heureusement, je me suis habillé chaudement et des bénévoles ont distribué gratuitement de magnifiques bonnets multicolores en laine.
Je vous passe les détails mais je tiens à vous dire que l’organisation du Marathon de New York c’est vraiment du top niveau !
Je devais rencontrer Occitan12 à 7h, au point médical, mais hélas il ne sera pas là… Je suis déçu mais j’imagine qu’un problème de transfert doit être la cause de ce rendez-vous manqué. Je me dirige alors vers mon sas de départ, et surprise, qui m’attend à l’entrée ? Le vénérable Occitan12. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre ; trop heureux de se retrouver entre espritrunners, si loin de notre beau pays. On cause de la vie, on prend une photo et il est déjà temps de rentrer dans le sas. Cette rencontre me remplit d’une énergie positive qui me sera très utile pendant la course.
Dans le sas c’est la séquence strip-tease, pour ne garder que le minimum sur soi (le short et le t-shirt sont obligatoires !), et offrir aux nécessiteux de New York les vêtements chauds dont nous n’aurons plus besoin.
Après quelques centaines de mètres de marche, on se retrouve sur le haut du pont Verrazano pour écouter l’hymne américain et la chanson « New York New York ». Et boum, un énorme coup de canon lance la course !
En moins de deux minutes je me retrouve sur la ligne de départ et commence doucement mon ascension du Pont sur un mile, ce qui me servira d’échauffement et me permettra d’admirer le bateau qui jette de l’eau, les hélicoptères et la foule colorée de runners (plus de 47 000 tout de même), enthousiaste, pleine d’énergie et déterminée à atteindre le Graal : la ligne d’arrivée et la médaille dorée qui va avec.
J’ai décidé de gérer ma course sur la vitesse au mile et de viser un rythme correspondant à 3h00 soit 6’52’’ par miles. Tout se passe bien, même si je passe avec un retard au 5èmekilomètre, qui va se réduire jusqu’ausemi que je passerai en 1h30min30sec. Le semi est marqué par la traversée du Pulaski Bridge.
Le rythme est bon et j’ai pu profiter de l’animation permanente qui règne des deux côtés de la route. On se croirait aux Jeux Olympiques, et les « Go freerunner! » et les « Allez la France !» vont m’accompagner pendant tout le marathon. Après l’ambiance joyeuse et musicale de Brooklyn, nous traversons le quartier juif où règne toujours un silence impressionnant… Ils ne nous regardent pas, ne nous encouragent pas, et certains essayent même de traverser la route (ce qui s’avère extrêmement dangereux). J’en évite un de très peu qui portait un enfant dans ses bras…
Au 16ème mile (25ème kilomètre) nous atteignons un des passages les plus difficiles du marathon, le célèbre Queensboro Bridge. Sur le pont vous souffrez en silence, car les spectateurs ne peuvent pas y stationner, mais lorsque vous débouchez sur la Première Avenue dans Manhattan, vous entendez une explosion vocale et musicale digne d’une ligne d’arrivée. Un grand moment où il faut cependant rester concentrer car l’euphorie communicative du public peut vous amener à accélérer et griller des calories qui vous seront bien utiles ensuite…
La remontée de la Première Avenue est un très long faux plat montant qui s’avère redoutable pour beaucoup de coureurs. Heureusement, j’ai demandé à mon épouse de se placer à peu près à la moitié de cette avenue ce qui me permet mentalement de la découper en deux (la Première Avenue, pas ma femme !).
Cette stratégie est payante, et boosté par les encouragements de mon épouse, j’atteins les 30 kilomètres dans un état de fraîcheur jamais connu à ce jour. Je ralentis un peu certes mais je tiens les 4min30sec au kilomètre sans trop de mal. Il est vrai que je me suis bien hydraté à chaque mile et j’ai enfin trouvé pour ce marathon un gel liquide que je supporte après deux ans de recherche et de tests tout de même.
On traverse le Queens puis Harlem, qui marque pour moi la dernière partie du marathon ; nous sommes au 35ème kilomètre. Les jambes sont toujours là et je décide de lâcher les chevaux en espérant tenir jusqu’au bout. Porté par l’ambiance d’un public en délire, et par un second point de rencontre avec mon épouse, je dépasse de nombreux coureurs qui ont fortement ralenti leur rythme, certains étant même en train de marcher.
Mes jambes évidemment sont douloureuses, mais en entrant dans Central Park aux environs du 40ème kilomètre, je refuse de m’écouter et décide de finir à fond ces deux derniers kilomètres. Quelle sensation extraordinaire ! Les jambes sont là et acceptent malgré le déficit d’oxygène d’accélérer une dernière fois, malgré une arrivée en légère montée… Je me dis à ce moment-là : tu respireras et tu te reposeras plus tard !
Temps à l’arrivée : 3 heures 5 minutes et 58 secondes ! Beaucoup mieux qu’espéré sur ce marathon difficile, mais surtout quel bonheur de finir un tel marathon dans une extase jamais ressentie auparavant. Je suis simplement heureux et j’embrasse la jeune fille qui me remet la médaille de finisher. En marchant pour reprendre mon sac, je tape dans les mains de tous les bénévoles en les remerciant : « Thank you, you are great, New York is great! »
Je repars à l’hôtel à pied, drapé dans ma couverture de survie avec ma médaille autour du cou. Chaque passant que je croise me félicite. Finir un marathon est en effet considéré comme un véritable exploit par les américains.
Le lendemain, il est recommandé de porter sa médaille toute la journée, ce qui vous donne encore le droit à de nombreux sourires et félicitations !
Un seul conseil : faites des économies pour vivre ce moment unique !